23.11.08

Skrela et les beaufs


Il est courant de faire l'apologie du rugby. Son esprit, son ambiance, sa troisième mi-temps, son fair-play, son public... Il est un homme, aujourd'hui, qui n'a plus d'illusions sur cet esprit. David Skrela, à côté de ses pompes hier contre l'Australie. Des pénalités ratées, des prises de balles hasardeuses, le Toulousain a tout raté. Le bel esprit de ce beau sport a voulu le voir conspué, par un Stade qui n'a de France que le patronyme.

Roselyne Bachelot est tout sourire à la mi-temps. Elle est heureuse, la Marseillaise n'a pas été sifflé... Oui on avait tellement peur des immigrés Australiens samedi soir au Stade de France. Mais sortons de ces auto-satisfactions politiques inappropriées pour évoquer un homme dans le match, ou plutôt une attitude à l'encontre d'un homme dans le match.

Soyons clairs, avec un bon David Skrela, ou du moins avec un David Skrela moins nullissime, la France aurait certainement battu l'Australie. Grâce à une mêlée retrouvée, grâce à ce drop d'extraterrestre de Cédric Médart. Oui mais voilà, avec deux transformations sur sept réussies par l'homme de la rencontre David Skrela, la France n'a pu coiffé ses vis-à-vis dans le dernier test match de l'année.

Et si le Toulousain n'avait pas été conspué dès son second échec ? On le sait, le mental n'est pas son fort, on se souvient du fiasco des coups de pieds lors du dernier mondial. Un joueur touché, bousculé par le public, un joueur en plein doute. Saint Denis l'a prouvé pendant les matchs de foot, son soutien est dérisoire. Au rugby, force est de constater que ce stade est aussi à oublier. Le public parisien s'emballe au moindre pas de Chabal, et détonne au moins échec. David Skrela n'est pas à épargner, sa prestation a été en dessous de tout. Le public n'est pas non plus à épargner, ce public ne comprend rien au sport.

Ah tous ces beaufs en puissance des travées du plus grand stade de France ! Acclamations pour les grands moments, sifflets pour l'échec. Des matchs de foot à Bollaert, au Vélodrome, voire au Parc des Princes ! Des matchs de rugby au Stadium, à Toulon ! Délocalisons les matchs internationaux pour voir un vrai public, et enfin de vraies équipes de France...

22.11.08

Le clan des 7


Du 17 au 21 décembre à Toulouse, réunion de choix pour le tennis tricolore. De la qualité, les sept meilleurs performers français sur la tournée de l'hexagone (Marseille, Metz, Lyon, Bercy) se retrouvent dans deux poules de quatre pour des rencontres sans enjeux dans le classement ATP. Deux poules de quatre... mais sept qualifiés. Il fallait attribuer une wild card, revue d'effectif sur une décision scandaleuse.

Mathieu, Simon, Benneteau, Mannarino, Mahut, Gicquel, Tsonga. Deux Top 10 (Simon, Tsonga), un habitué du Top 20 (Mathieu), deux valeurs sûres (Benneteau et Gicquel), l'innamovible Mahut et la sensation Mannarino demi-finaliste de l'Open de Moselle. Pas d'enjeu, pas de pression, donc du spectacle. Ces sept là ont gagné leur qualification par la force de la raquette, ils n'ont pas manqué les rendez-vous de cette tournée française.

Restait une wild card. Et là le crédit des organisateurs chute. Plusieurs choix envisageables et non sujets à la polémique, un seul contestable et scandaleux. Ils ont osé. Richard Gasquet. Il sera dans la salle Toulousaine pour se mesurer à ceux qui font le bonheur des fans de tennis français. Lui qui ne fait pas lever les foules, le seul tennisman à avoir des ampoules à la main lors des grands rendez-vous, l'éternel joueur le plus talentueux du Top 50, l'ex-espoir...

Gasquet se libère de Bercy, éblouit le public français à chacune de ses prestations pour sa non combativité. Mais Gasquet a encore du crédit dans les hautes instances du tennis français. Pourtant voilà d'autres alternatives bien plus conforme à l'esprit du tennis. Parmi les joueurs qui n'ont pas brillé dans ces tournois : Gaël Monfils. Toujours combatif, voire trop, une demi-finale à Roland Garros, pas assez. Arnaud Clément. Un quart à Wimbledon, un jeu sur le déclin mais une belle côte auprès du public. Fabrice Santoro. Du spectacle, de la magie, des coups improbables. Sébastien Grosjean. Une retraite qui se rapproche mais un coup de raquette toujours affuté, une occasion pour des adieux honorifiques. Mickaël Llodra. Irréprochable en Coupe Davis, certainement le plus français des Français. Jérémy Chardy. Fait soulever les foules des terrains porte d'Auteil.

Il y en a d'autres. Comment prendre le public français pour aussi passif ? Le joueur qui envoie des textos en Coupe Davis, qui laisse PHM se battre pour la France, qui refuse désormais de forcer son talent devant son public, le tricolore le plus scandaleux peut être de l'histoire. Alors non, nous n'en voulons pas, nous n'en voulons plus. Un Masters français sans Gasquet, une équipe de France sans Gasquet. A la fois imposteur, non combatif et opportuniste, nous n'avons plus envie de voir le chouchou de Lagardère se lamenter dans nos salles.

Exit le classement, place à l'esprit. L'esprit de Gasquet fait encore des émules à défaut de son talent? Et nous l'affirmons, nous avons aimé le Gasquet de Wimbledon 2007, celui de Monte Carlo 2005. Celui du Gasquet qui pense tennis, celui du Gasquet hargneux. Celui ci nous ne l'aimons plus. Nous aimerons les belles empoignades des sept autres, des sept Français de ce tournoi de fin de saison.

4.11.08

Picotille


Il est abattu. Enervé, dépité. Son équipe a perdu un match de football dans les règles. Mais a t’elle perdu dans les règles de l’art ? Non . Laurent Blanc reste longuement les bras croisés après le coup de sifflet final. Il ne comprend pas. Pourtant Youssouf Hadji, d’une belle frappe enroulée a bel et bien scellé la rencontre en faveur de Nancy.

Laurent Blanc ne bouge toujours pas. Les gesticulations de Pablo Correa, heureux comme s’il avait vaincu le Brésil n’y changent rien, Laurent Blanc est sceptique. Bordeaux a tenté, Bordeaux a frappé, Bordeaux a créé, Bordeaux a perdu.

Cette victoire nancéenne n’est pas un vol. Le petit coach Uruguayen l’avait annoncé à Monaco : « Je veux voir des guerriers sur le terrain ». Verdun n’est pas si loin de Marcel Picot, les tranchées ont inspiré les dix joueurs nancéens retranchés dans leur camp. Mais aucune incursion risquée, aucune tactique offensive. Une perte de balle de Placente, un coup du sort, une frappe, une victoire.

Alors non, Laurent Blanc ne comprend toujours pas. Il a adressé des ballons à Zidane en équipe de France, admiré les dribbles de Ronaldo à Barcelone, senti le football du théâtre des rêves d’Old Trafford. Le voilà, les bras croisé, défait par une équipe nancéenne, au sortir d’un match à sens unique… à sens girondins.

Le foot-poubelle à défaut de football champagne. L’efficacité à défaut de grâce. Nancy a gagné, le football a perdu, Laurent Blanc a perdu. Non, Laurent Blanc ne comprend pas.