26.2.09

Manaudou, l’histoire d’une course


L’histoire de Laure Manaudou ne se raconte pas, elle se commente, elle se vit. Succès, échecs, frasques, sentiments, clashs, à seulement 22 ans le portrait de la nageuse française s’étale autant dans les pages sports que les pages people. Jusqu’à en oublier l’essentiel, Laure Manaudou est une championne.

La France sort doucement d’une nouvelle nuit sans médaille. Deux jours de compétition et déjà, les Jeux Olympiques apparaissent comme un fiasco bleu.

Combinaison noire et bonnet de l’équipe de France, Laure Manaudou se présente sur les téléviseurs tricolores. Déjà, elle est décriée. Déjà, elle est critiquée. Seulement troisième quelques semaines plut tôt aux championnats de France, sur sa distance fétiche, derrière Camélia Potec et Coralie Balmy, elle s’est qualifiée de justesse pour cette finale avec le dernier temps des séries.

Les éditorialistes sportifs ont déjà la plume affûtée. Cette Laure là sera le parfait bouc émissaire d’un échec bleu. Ils se sont trouvés un nouveau champion. Alain Bernard, programmé pour gagner, rassemble la nation.

Laure ne rassemble déjà plus personne. Figée sur le plongeoir. Seule, à la ligne 8, dans ce water cube de Pékin, elle rêve d’un anonymat délicieux.
Cet anonymat de la révélation, à 6 ans, quand Laure se distingue avec des qualités uniques pour la natation. Cet anonymat un peu écorné quand elle remporte sa première course, « La course des minots » d’Ambérieu.

Tandem gagnant

La petite a des facilités. Son frère ainé nage aussi, son père joue au handball, sa mère au badminton. Laure Manaudou éclate aux yeux de Philippe Lucas. L’entraîneur devenu célèbre grâce à son élève et à ses méthodes la repère en jetant un œil aux résultats des championnats de France jeunes.

« Il avait appelé à la maison, Laure devait aller à Chalon sur Saône. Finalement elle a suivi Philippe à Melun ». Nicolas Manaudou, frère et ex entraineur de celle qui se révèle aux championnats de France de Saint Etienne en 2003 avec cinq succès décrypte la collaboration entre Laure et Philippe Lucas : « Ils ont énormément travaillé le foncier et le travail psychologique. Vu la difficulté des séances il faut une force mentale énorme pour bosser avec lui. Contrairement à ce qu’on a pu dire, Laure a énormément puisé dans ses réserves avec lui… et grâce à cela elle devient triple médaillée olympique à Athènes ».

Peut être avec le souvenir de cette montée en puissance à seulement 17 ans, Laure prend un départ parfait dans ce maudit 400 mètres de Pékin. Le téléspectateur peut la voir sur le côté, sur la ligne 8. Il peut voir 100 premiers mètres époustouflants. Pellegrini, Potec, Balmy, Adlington, toutes sont derrières Laure Manaudou.
Le spectateur croit au réveil de la championne, et se souvient. Il se remémore les trois titres d’Athènes et la domination sans partage de Laure dans les bassins mondiaux pendant 3 ans. Des Jeux Olympiques de 2004 aux mondiaux de 2007 à Melbourne, le France n’a d’yeux que pour elle.

Ses amourettes passent alors au second plan. Laure brille, les Français applaudissent. Elle bat les records du monde du 400 nage libre plusieurs fois et une multitude de records de France.

Mise au point

Virage des 150 mètres. Manaudou est en tête mais perd du terrain. Mai 2007, Laure quitte Lucas pour Luca. Elle rejoint le nageur transalpin Luca Marin à Turin et met fin à la collaboration avec Philippe Lucas. L’entraîneur l’avait même hébergé quelques années.
La presse s’emballe et ne lui pardonne pas. Déchirure. Manaudou passe de l’idole française à l’amoureuse capricieuse. Les journaux se moquent, comme lorsqu’elle se blesse, jetée à l’eau par deux collègues d’entraînement Italiens.

Retour à Pékin. Laure voit revenir ses concurrentes une à une. L’observateur la sait capable de réagir. La championne olympique en titre a de l’orgueil. Aux championnats de France de 2007, critiquée après les premières journées alors qu’elle vient de s’adjuger les 43ème et 44ème titre nationaux, Laure Manaudou met 6 secondes à Coralie Balmy sur 400m nage libre. Une leçon.
Mi-course. Laure voit les espoirs de conserver sa couronne s’évanouir. Elle voit déjà perler la couleur des articles du lendemain. Ces papiers de « ceux qui n’y connaissent rien » selon Nicolas Manaudou. « Elle a toujours été critiquée. Ce n’est pas une bosseuse ? Pour s’entraîner des années avec Lucas, il faut être bosseuse ».

Et le frère ainé sait de quoi il parle. En tension avec Paolo Penso, son entraineur italien, Laure Manaudou file à Ambérieu, chez elle, préparer ses Jeux avec son frère Nicolas. « Evidemment, ce n’est pas simple de l’entraîner, Laure a du caractère et il est très difficile de s’adapter et de prévoir toutes ses réactions ».

L’exil ou la fuite

Dernier virage. Laure est complètement lâchée, dernière longueur d’une déception annoncée. Défaite préméditée dès les championnats d’Europe d’Eindhoven où Federica Pellegrini lui prend son record du monde sur 400 libre. Enfin, à Dunkerque aux championnats de France juste avant les Jeux, Laure déçoit.
Dernière, loin derrière Rebecca Adlington. Laure poursuit ces Jeux Olympiques comme un fantôme. Aucune médaille, la page de ces Jeux se tourne, Laure Manaudou n’y a écrit aucune ligne en or.

Un passage éclair à Marseille plus tard, Laure Manaudou annonce le mois dernier une pause dans sa carrière. Elle s’exile aux Etats-Unis avec son compagnon Frédéric Bousquet . Son frère souligne un break total avec le monde de la natation : « Elle s’en va dans le seul et unique but de pouvoir vivre et croquer la vie à pleine dents. Depuis quelque temps, elle n’osait même plus sortir dans la rue… »

Constat désolant d’une déception olympique. Laure Manaudou va profiter d’une vie anéantie sous les critiques. Octroyons lui le droit de profiter d’une véritable vie de championne.

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