31.3.09

Joubert dérape encore

Le patinage français n’a jamais tenu un si beau joyau. Techniquement, Brian Joubert est le meilleur patineur du monde depuis le départ de Plushenko. Seulement voilà, le Français est resté sur la troisième marche des championnats du monde ce week-end. Souvent décrié et rarement décisif, Joubert suscite encore et toujours les interrogations.

Néo a mauvaise mine. Dans la peau du héros de la saga Matrix, Joubert distille une dramatique parodie plutôt qu’un ballet victorieux. Des approximations, deux chutes, un programme trop frileux. En tête au sortir du court, le Poitevin rétrograde à la troisième place des Championnats du monde.

Annoncé comme le favori au début de la compétition, y compris par ses concurrents, Brian Joubert a laissé Evan Lysacek flamber devant son public de Los Angeles. L’Américain a récité un programme libre propre et gracieux, sans risques. Pour preuve, après le sacre de Buttle l’année dernière, Evan Lysacek devient l’un des rares champions du monde sacré sans quadruple saut.
Ce quadruple, Brian Joubert le place d’entrée de jeu. Parfait, les premières notes de la bande originale de Matrix détonnent. Joubert paraît bien plus affûté techniquement qu’aux Jeux Olympiques de Pékin, où un excès de confiance avait causé son échec.

La suite du programme libre est médiocre mais suffisante. Quelques erreurs, une chute maitrisée. Pas d’importance, le Poitevin enchaine les petits pas avec facilité, dans une cadence et une précision unique au monde. Il se sait au coude à coude avec l’Américain. Cette pression provoque sans doute l’erreur fatale au destin du Français. A une trentaine de secondes de la fin de sa démonstration, Brian Joubert réceptionne mal un double axel.

A plat ventre, il se relève mais l’a compris. La tête entre les mains au moment de sortir de la patinoire, le champion du monde 2007 déçoit une fois de plus.
Peu à peu, Joubert recule dans la hiérarchie mondiale. Premier aux mondiaux de 2007, deuxième en 2008, le voilà désormais troisième. Déjà privé de son titre au Masters d’Orléans par son compatriote Alban Préaubert –où il avait avancé un problème de matériel- Joubert inquiète à seulement un an des Jeux Olympiques.

L’or olympique reste le seul succès non atteint par le Français. Si ses capacités n’inquiètent pas, ses choix interpellent. Critiqué dans le passé par ses excès de confiance, le seul patineur actuel à rentrer facilement des quadruples axels paie cette semaine une tactique trop frileuse. Le programme libre prévu était bien plus offensif. Surprenant. Le Poitevin au caractère fier, presque prétentieux, doute et remet en cause son entourage.

Couvé par sa mère, toujours au bord des patinoires, Brian Joubert a appris ce lundi le démission de Jean-Christophe Simond. Son entraineur depuis 2006 ne mâche pas son aigreur dans les colonnes de L’Equipe : « Il y un manque de considération et de respect de la part de la Fédération et des Joubert pour mon travail et les sacrifices que je consens. Je ne suis pas un pion, le petit consultant de merde qui passe sa vie à Poitiers, dans des conditions très difficiles ».
L’ancien champion français a simplifié l’entame du libre de son protégé et a modifié quelques aspects techniques du programme peu avant l’échec du Poitevin. Pour lui, «J’ai proposé deux solutions et Brian a choisi ». Début d’un dialogue de sourds, Joubert écarte la polémique : « S’il n’avait pas pris la décision d’arrêter, c’est moi qui l’aurait prise ».

Joubert a du caractère, et surtout du talent. Plushenko a raccroché les patins, l’ancien protégé d’Alexei Yagudin n’a plus d’égal sur le plan technique. Aux Jeux Olympiques de Vancouver, Brian Joubert sera l’un des fers de lance de la délégation française. A même pas 25 ans, le Poitevin a déjà cumulé succès et désillusions. Le talent au service du tableau des médailles. Joubert peut briller et scintiller avec un éclat sans égal.

26.3.09

Nice 2018 : Vaines vagues

La Méditerranée a tremblé. Une station balnéaire, une ville de littoral candidate à l’organisation de Jeux Olympiques. Rêve et pari fou, relevé par la municipalité niçoise. Des soutiens de poids, des noms qui parlent, une communication énorme… pour un échec. Christian Estrosi essuie son premier gros revers depuis son élection, un revers annoncé, presque prémédité.

« Si vous saviez le nombre de fois où cela m’est arrivé. Etre loin des meilleurs à quelques tours de l’arrivée pour finalement remonter et gagner la course… ».
Il a manqué quelques tours de piste après le rapport de la commission du CNOSF à la candidature azuréenne pour remporter le privilège de représenter la France pour les Jeux Olympiques de 2018.

Un tour de table au comité national olympique français et le constat tombe. 23 suffrages contre 10. La boutade de Christian Estrosi, maire de Nice, part aux oubliettes. Annecy aura la chance de représenter la France, ou, aura la lourde, voire impossible tâche, de concurrencer Pyonchang et Munich.

Nice n’y croyait plus. Comme par magie, la veille du verdict, un mail interne à la mairie ordonne aux employés municipaux de décoller les autocollants à l’effigie de la candidature niçoise sur les véhicules de la ville. Sage prémonition, doux hasard ou heureux contretemps, le rapport de la commission a coûté très cher.

Jusque là favorite aux côtés de la présentation grenobloise, Nice est tombée de haut avec ce retard. Des journées, des nuits de travail pour redorer cette image trop « bling-bling », pas assez authentique et montagnarde. En vain, Nissa la Bella n’a pas séduit.

Entre la publicité sur les métros parisiens et son armée de soutiens (Philippe Candeloro, Alain Prost, Nicolas Karabatic, Didier Deschamps, Fabien Barel, Valérie Nicolas...), Nice n’a pas su balayer ses faiblesses. Annecy est une ville de montagne de taille moyenne, Nice est une métropole française urbanisée. Les stations restent à la fois éloignées et peu accessibles. Aussi, le dossier niçois paie son manque d’investissement sur les épreuves paralympiques et son ambition financière démesurée. Le projet de base stagnait à près de 370 millions d’euros. Bien plus conséquent que les villes concurrentes.

Les corbeilles de la ville fleurissent de ces belles brochures. Les brochures d’un rêve avorté. Le projet niçois, sur papier laisse rêveur. Des Jeux Olympiques d’hiver dans un contexte de développement durable, au sein d’un espace accessible grâce à un aéroport international. Un savoureux mixte entre tradition avec les stations de ski et de modernité avec des sports comme le patinage en plein centre ville. La Côte d’Azur est présentée comme un territoire de montagne, le patrimoine et la géographie sont mis en relief. On comprend vite, Nice et les sports d’hiver ont une histoire en commun.

L’effort, louable, paraît terne. Grenoble et Annecy font la différence par leur patronyme. Reste alors à jouer la carte communication. Et là, Nice se détache.
La rancœur de la voisine phocéenne nommée capitale de la Méditerranée, avalée, Christian Estrosi parade. Dans des décors neigeux, bronzé, avec un imperméable sportif, le maire joue la carte du skieur. Derrière un pupitre, devant son équipe de soutiens. La banane, il joue la carte du chef d’équipe. Le chef d’orchestre garde un sourire de façade à l’annonce de la défaite, de sa défaite. « C’est une victoire que nous voulons partager avec Annecy, nous respectons ce choix. Cette candidature nous a permis de faire connaître nos montagnes ».

A un million d’euros, la campagne de promotion touristique laisse quelques sceptiques. Robert Injey, le secrétaire départemental du PCF confie dans les colonnes de Metro : « On ne sait pas encore combien, mais on estime que ce sera entre trois et cinq millions d’euros, tout cela à la charge des contribuables ».
Une goutte d’eau dans un flot d’enthousiasme politique de rigueur. De Patrick Allemand à Christian Estrosi, cette candidature a rassemblé l’ensemble des élus locaux et régionaux. Nice joue la carte de l’avenir mais encaisse un deuxième bide d’image après l’avènement de Marseille comme capitale de la Méditerranée. La municipalité fait face aux interrogations. Le battage médiatique sur une campagne précipitée et perdante était-il approprié en temps de crise ? Le projet d’une candidature française suscite aussi la surprise. Les Jeux 2014 auront déjà lieu eu Europe et la candidature Sud-Coréenne de PyeonChang semble déjà gagnante après deux échecs.

Les Niçois nagent dans l’incompréhension d’un projet annulé et hors de propos, Christian Estrosi compte surfer sur cette avalanche médiatique. L’ancien motard professionnel entend toujours faire de Nice une terre d’accueil d’évènements sportifs internationaux. Etre une ville étape du tour de France 2010, recevoir le Championnat du monde de patinage et le Championnat d’Europe de gymnastique en 2012 ainsi que l’Euro de football 2016 dans le futur grand stade. Le maire souhaite aussi remettre le meeting d’athlétisme Nikaïa au goût du jour et faire du marathon de la Côte d’Azur une course aussi grandiose que le marathon de New York.
Des projets, des rêves pour faire de Nice un pôle incontournable du sport mondial. Dernière réflexion en date : « Nous allons réfléchir à notre positionnement pour les jeux Olympiques d’été de 2024, nous ferions un bon candidat ».

Au delà des espérances, la municipalité doit se justifier. Nice a rêvé, Nice a échoué et Nice déchante. Entre langue de bois et nouvelles aspirations, l’équipe de Nice 2018 a déjà tourné la page.

24.3.09

Monshipour pour l’honneur

A 34 ans, Mahyar Monshipour n’est plus obligé. Champion du monde super-coq WBA de 2003 à 2006, le boxeur français n’a plus rien à prouver. Au sortir d’une carrière marquée par quelques combats de légende, « Little Tyson » a pourtant choisi de reprendre ses gants, dans une tournée baptisée « pour l’honneur ». Trois combats exhibitions gagnés, une dernière conquête de ceinture WBA à venir. Monshipour n’est jamais parti.

Monshipour ne possède pas la valeur médiatique d’un David Haye ou le charisme d’un frère Klishko. Au sortir de sa retraite, le Français suscite le respect. Du public, toujours sous le charme de son cœur. Des adversaires. Félix Machado, ancien champion du monde IBF et dernière victime de Monshipour à Amnéville-les-Thermes, a relevé le défi du combat exhibition le 13 mars dernier.

Le Français entre sur le ring avec un maillot du FC Metz sur les épaules. Décidé à s’accaparer une salle déjà conquise. Comme avant. Déçu par ses deux précédentes victoires, par disqualification contre le modeste Italien Emiliano Salvini puis poussive contre Sean Hughes, Mahyar Monshipour épuise rapidement son adversaire.
Félix Machado, 36 ans, croule sous les coups et abandonne à l’appel de la cinquième reprise. Ce dernier combat exhibition résonne comme une confirmation. Précis, en jambe, tout en contrôle, Mahyar Monshipour est prêt.

Prêt à affronter d’autres projecteurs, échapper aux paillettes et fondre sur la pression et l’enjeu. Le boxeur d’origine iranienne vise la ceinture WBA, celle qu’il a portée et conservée pendant trois ans. A la faveur de son talent, parfois, épaulé par sa hargne et son courage, souvent. Mahyar Monshipour se bat avec le cœur et offre des combats de légende.
Le 4 septembre 2003, à l’assaut de son premier titre mondial, le Poitevin affronte son ami Salim Medjkoune. Le combat s’éprend d’une intensité rare. Le contre du droit à la dernière reprise envoie Medjkoune au tapis et Monshipour dans le panthéon de la boxe.

Dès lors, Mahyar devient la coqueluche des passionnés français et régale à chaque défense de sa ceinture WBA. Shigeru Nakazato ou encore Julio Zarate, armés d’une boxe certainement plus propre, complète et technique que le tenant du titre, n’y arrivent pas. Tous subissent la loi de la hargne.

Un seul y parvient et sonne la fin de la carrière de Monshipour. Le 18 mars 2006 à Levallois-Perret, « Little Tyson » défend une sixième fois sa ceinture face au Thaïlandais Somsak Sithchatchawal. La confrontation entre dans la légende. Envoyé au tapis plusieurs fois, démoli par des avalanches de coups terribles, Monshipour, poussé par une salle en délire, se relève, toujours et se bat. La bouche entrouverte, le visage tuméfié, il persiste à combattre. Rester couché, abandonner, jamais. L’arbitre choisit de mettre fin au combat au 10ème round.

Monshipour perd son titre mais gagne le respect du monde de la boxe. Ce combat est couronné combat de l’année 2006, une première pour un Français. Mahyar raccroche les gants à l’issue de cette empoignade.
De retour, trois ans après, les yeux tournés vers la reconquête de sa ceinture, Monshipour négocie avec Levallois pour combattre en juin. Objectif, le titre coq ou super-coq WBA. L’Irlandais Bernard Dunne vient de s’adjuger la ceinture WBA contre Ricardo Cordoba. L’année dernière, Dunne se défait de Félix Machado, aux points. Il y a dix jours, Mahyar Monshipour se défait de Félix Machado… par abandon.
Mahyar Monshipour est sorti de sa retraite. Mahyar Monshipour a retrouvé ses armes. Il n’a jamais perdu son cœur.

17.3.09

L’Espagne à domicile

Le Paris-Nice revient à un Espagnol, Luis Leon Sanchez, au terme d’une course animée par un Espagnol, Alberto Contador et d’une dernière étape remportée par un Espagnol, Antonio Colom. Sylvain Chavanel, troisième de cette course au soleil a tenté de contester la suprématie ibérique. En vain.

Nice, sa mer, sa Promenade, son équipe de football en rouge et noir. Les Aiglons ont attrapé une petite jaunisse avec la déferlante hispanique sur la course au soleil. Les couleurs de l’Espagne, rouges et jaunes, étincelantes sur ce Paris-Nice peignent la capitale azuréenne et l’ensemble de la planète cycliste.

L’année dernière, Luis Leon Sanchez lève les bras sur la Promenade des Anglais en tant que vainqueur d’étape. Cette année, il se pavane en maillot jaune à l’entrée de la Baie des Anges. Le coureur de la Caisse d’Epargne remporte un Paris-Nice animé par son compatriote Alberto Contador et le Français Sylvain Chavanel.

Le nouvel équipier phare de Tom Boonen reste sur la troisième marche du podium. Son Paris-Nice, il l’a vu s’envoler sur les routes de la montagne de Lure. Alors paré de la tunique jaune de leader, l’étoile montante de la Quick Step voit s’échapper le très aérien Alberto Contador. L’Espagnol, qui n’a plus perdu une grande course à étape depuis son succès sur le Tour de France 2007 assume alors son statut et prend une sérieuse option sur la victoire finale.

Le samedi, le leader d’Astana connaît un terrible coup de mou et Luis Leon Sanchez prend le relais de la domination espagnole. Inspiré par le coup de l’Américain Floyd Landis sur les routes du Tour de France, Alberto Contador n’a pas dans la tête de perdre la course au soleil.

Il part à 80km de l’arrivée dans la dernière étape avec cette facilité qui lui appartient. Une cadence de pédalage souple, un style léger et aérien, son attaque supplante les leaders. Son panache n’est pas payant, il est repris au sommet du Col d’Eze et il est même battu sur la ligne d’arrivée par son compatriote Antonio Colom.

Côté français, on se console avec la prometteuse troisième place de Sylvain Chavanel et la présence de Jonathan Hivert (8ème) puis Christophe Le Mevel (10ème) dans le top 10. La deuxième place de Frank Schleck passe presque inaperçue dans le paysage hispanique.

Quand Contador ne gagne pas, Luis Leon Sanchez prend le pas, quand il n’est pas là au Tour de France 2008, Carlos Sastre le supplée. Un Espagnol en cache toujours un autre. L’enseignement est fort, la saison de cyclisme ne fait que commencer. L’avant-goût se teinte de rouge et jaune. Vamos.

11.3.09

Histoire de Mousquetaires

D’habitude, Guy Forget amenait au moins ses joueurs en quart de finale. Cette année, le premier tour fait figure d’obstacle insurmontable. Les Tchèques ont eu raison d’une équipe de France en manque de repère à défaut d’ambition. La série noire entamée depuis 2002 contraste avec les succès historiques de l’équipe de France de Coupe Davis.

Alexandre Dumas narrait les épopées de gagnants. Des hommes parés de capes et d’épées. En France il est commun de leur associer des raquettes et de les placer au cœur de duels armés de petites balles jaunes. Cette fois, la comparaison était prématurée. C’était mieux avant.
Le surnom de « bande de Mousquetaire » se mérite, une sorte d’appellation contrôlée accordée au bénéfice de titres et de succès resplendissants. A mille lieux des bras tremblants de Gilles Simon et Richard Gasquet, l’équipe de France des années 20 a gagné ses galons, gravés à la pointe de la raquette.

Ce sont eux les vrais mousquetaires, les pionniers. Au cœur d’un tennis mondial balayé par la domination de l’Australie, du Royaume-Uni et surtout des Etats-Unis de Bill Tilden, la France peine. Plusieurs finales dans les années 20. Toujours des claques. Mais des épopées marquantes. Assez terribles et grandes pour forger une équipe et marquer un destin.

En 1927 la France devient la quatrième nation a remporté la Coupe Davis. Les photos sont floues, en noir et blanc. Moustache, bérets, tenues amples. Un style d’époque pour une domination sans partage. La France ne rend son saladier qu’en 1933 face à l’Angleterre.
Ces héros d’antan se nomment Jean Borotra, Jacques Brugnon, Henri Cochet et René Lacoste. Les images trop vieilles pour être d’archive, les noms résonnent encore dans les mémoires des fan de tennis. Quatre au lieu des trois de Dumas, peu importe, les titres et la notoriété sur la durée ont fait de ces sportifs du début du siècle des légendes, des mousquetaires.

Gilles Simon y a peut être trop pensé à l’heure d’aborder sa première sélection. Comme d’habitude le 8ème mondial peine à rentrer dans son match contre Berdych. Comme jamais il persiste. Avec des balles sans consistance. Une aubaine pour le Tchèque, devant son public, il dépose Gilles Simon et offre à son pays le premier point.
Le Français lâche son second match face à Radek Stepanek de la même manière, avec la peur au ventre. De 1934 aux années 80, l’équipe de France Coupe Davis piétine. Aucun titre et aucune performance notable. La retraite des quatre fers de lance des années 30 fait mal. Pourtant, Henri Cochet jouera jusqu’à 46 ans en simple.

Le statut vient de Noah, Leconte et Tulasne. Après près d’un demi-siècle de disette, ils atteignent la finale de la compétition en 1982, battus par les Etats-Unis de John McEnroe. Comme toujours alors, on croit à l’éclosion de nouveaux mousquetaires. Pourtant, ces trois là non plus n’ont pas l’étoffe de ceux d’Alexandre Dumas. Du moins, pas encore.
Après une saison en 1986 en seconde division, Yannick Noah prend le capitanat en main et forge une équipe touchée par la grâce en 1991. « C’est le souvenir le plus douloureux de ma carrière de joueur de tennis ».
L’aveux est sincère et fort, il est signé Pete Sampras. Défait en quatre sets d’un ultime match contre Guy Forget dans un palais de sports de Gerland en plein délire, l’Américain n’a toujours pas compris, près de 20 ans après. On ne sait rien non plus. La méthode de Noah a élevé Guy Forget et Henri Leconte au rang de mousquetaires. Quelques semaines avant cette finale, Leconte est empêtré dans les profondeurs du classement mondial.

Jo Wilfried Tsonga est sorti du Top 10, mais il est promis à devenir l’un des patrons de la planète tennis. Et il le prouve. Son match contre Stepanek, il ne le rate pas. Trois sets de parpaings et de services gagnants. La messe est dite, il a fait le boulot contre Stepanek.

Faire le boulot. Arnaud Boetsch aurait pu s’en contenter en Suède, en finale, en 1996. Toujours avec Noah, le jeune Français est largement favori dans un cinquième match décisif contre Nicklas Kulti. Il préfère le panache, et entre aussi dans la légende avec Forget, Pioline et Raoux en frère d’armes.
Tsonga, Gasquet, Simon et Monfils représentent cette génération en or du tennis français. Terreurs du circuit, s’ils suivent la trâve des antiques mousquetaires, ils marchent dans les pas de leurs ainés du début de notre siècle.

Leurs ainés, défaits en finale à Nice contre l’Australie en 1999 mais vainqueurs deux ans plus tard… en Australie. Le match de Nicolas Escudé contre Wayne Arthurs a certainement inspiré Richard Gasquet. La performance inoubliable de Sébastien Grosjean contre les Etats-Unis en demi-finale en 2002 aussi. Sûrement. Le Marseillais porte la France en finale à lui tout seul à la faveur d’un match plein de courage contre Andy Roddick.
Le suite est plus malheureuse, Paul Henry Mathieu de concrétise pas la belle aventure bleue. Le début de la période noire.

Richard Gasquet livre un double d’une rare faiblesse avec Mickaël Llodra. Fébrile au service, il cède sa première mise en jeu et ne rentre jamais dans le match. Les volées ne sont pas tranchantes, seul son revers semble passer. Dommage, il joue à droite. Il suffit d’un Mickaël Llodra peu flamboyant pour sceller le sort de l’équipe de France.
Depuis la finale de 2002, la France manque de coup d’éclat. La popularité et le talent de la nouvelle génération nous ont offert une opportunité de rêver. Ostrava, théâtre d’un nouveau rêve bleu avorté. Que Dumas nous pardonne, les premiers mousquetaires aussi ont peiné, et toutes les belles épopées démarrent avec une introduction poussive. Le décor est maintenant posé, ne restent qu’à revêtir en 2010 un véritable apparat de cape et d’épée.

9.3.09

La faute à qui

Accabler de reproches, refaire la sélection. L’obsession du capitaine de salon, du supporter déçu. La défaite est amère et difficile à accepter. Première victime toute désignée : Gilles Simon. Aucun point sur deux, un rang de huitième mondial non assumé. Le pseudo coach a la mémoire courte. Il a oublié qu’en 2001 l’équipe de France gagne la Coupe Davis. Son numéro un, Sébastien Grosjean, ne remporte aucun de ses deux matchs en finale. Le « Scud » est passé par là.

Tsonga prouve une fois de plus qu’il joue en patron. En tournoi comme en Coupe Davis. Ses deux victoires, solides passent inaperçues. Richard Gasquet, comme d’habitude, déçoit. L’observateur n’est pas un spécialiste mais il commence à le sentir. Celui là ne réussit rien avec l’appellation tricolore. La faute à un bras qui tremble. Encore.

Le faute tout simplement à un coach qui ne gagne plus rien. Guy Forget baigne encore dans le doux courant de la victoire de 2001, là où le panache allait de mise avec la hiérarchie. Les choses tournent, Forget ne change jamais. Le classement et les tournois ATP comme seule référence, le capitaine de l’équipe de France enchaîne les éditions ratées.

La Coupe Davis est à part. Un match de Coupe Davis ne ressemble à aucun autre. Là où la combativité de Simon, le talent de Gasquet illuminent les compétitions individuelles, le panache de Monfils attend de pouvoir s’exprimer au nom du groupe. Comme toujours écarté, jamais aligné Gaël Monfils attend. Pourtant c’est lui, avec Tsonga, l’autre matador du tennis français. Sans pression, avec la seule folie d’une équipe à embarquer. Le récent demi-finaliste de Roland Garros sait y faire devant un public partisan, rendez-vous en 2010. Exploit reporté, une fois de plus M. Forget…

3.3.09

Déontologie : liaisons dangereuses

La déontologie reste pour beaucoup un terme dépassé dans le monde médiatique. Le journaliste sportif y est aussi sensible. A lui de savoir la maîtriser et de flirter habilement entre éthique et crédibilité.

Conseil d’administration de l’AS Monaco. Du champagne, des petits fours. Alléchant, le journaliste sportif regarde. Il est tenté. A lui de voir. Accepter la coupe et passer l’éponge sur la tactique de recrutement exotique de la bande à Jérôme De Bontin ou s’en aller, écrire quelques lignes d’un papier fustigeant mais journalistique.

Voilà la teneur type d’un choix d’éthique. Le reporter de sport trace sa carrière autour de cette ligne invisible. A l’instar d’un Patrice Martin défiant les lois de l’équilibre pour ne pas tomber, le journaliste défie d’autres lois, celles du bon sens et de l’astuce.

Doit-il refuser un repas gastronomique, délicieux et hypocrite… pour passer à côté d’un scoop ? Non. L’éthique n’a pas de couleur propre. Parfois pâle, elle est imperceptible. Quelquefois noire, la déontologie doit prendre le pas. Aussi elle amène dans le rouge, dans un engrenage sans fin où la plume devient promotionnelle et le journalisme publicitaire.

Là intervient l’astuce, l’écriture propre au journal, au magazine ne se satisfait pas du principe stendhalien propre au roman « un miroir promené le long du chemin de la vie ». Décrire oui, informer, analyser, observer, d’abord. Le journaliste sportif doit trouver sa place dans le fameux triangle d’or « sport-médias-argent ».

Cet envoyé spécial au conseil d’administration de l’AS Monaco a une règle éditoriale à respecter. Que son média soit financé par un grand groupe sponsor du club de la Principauté, ou par un autre, la ligne entre éthique et journaliste s’effrite plus ou moins. Quid du comportement de L’Equipe envers l’Américain Lance Armstrong ? Le quotidien numéro un de l’information sportive dégaine avant tout le monde, en plein cœur de l’été 2005 et prouve la culpabilité du cycliste dans des affaires de dopage.

Fin 2008, Lance Armstrong annonce son retour sur le Tour de France 2009. Aucune allusion au dopage dans les colonnes de L’Equipe. L’Américain s’apprête à participer à une course couverte par L’Equipe, créée par L’Equipe. Parler dopage ou pas, question d’éthique. Question de jugement déontologique.

Déontologie rime avec intégrité. Elle est sujette à plusieurs interprétations : plus ou moins conforme à l’éthique. Elle existe, elle est signée et codifiée. Elle n’est pas toujours respectée. Elle fait la différence entre un exécutant médiatique… et un journaliste de sport.