Le patinage français n’a jamais tenu un si beau joyau. Techniquement, Brian Joubert est le meilleur patineur du monde depuis le départ de Plushenko. Seulement voilà, le Français est resté sur la troisième marche des championnats du monde ce week-end. Souvent décrié et rarement décisif, Joubert suscite encore et toujours les interrogations. Néo a mauvaise mine. Dans la peau du héros de la saga Matrix, Joubert distille une dramatique parodie plutôt qu’un ballet victorieux. Des approximations, deux chutes, un programme trop frileux. En tête au sortir du court, le Poitevin rétrograde à la troisième place des Championnats du monde.
Annoncé comme le favori au début de la compétition, y compris par ses concurrents, Brian Joubert a laissé Evan Lysacek flamber devant son public de Los Angeles. L’Américain a récité un programme libre propre et gracieux, sans risques. Pour preuve, après le sacre de Buttle l’année dernière, Evan Lysacek devient l’un des rares champions du monde sacré sans quadruple saut.
Ce quadruple, Brian Joubert le place d’entrée de jeu. Parfait, les premières notes de la bande originale de Matrix détonnent. Joubert paraît bien plus affûté techniquement qu’aux Jeux Olympiques de Pékin, où un excès de confiance avait causé son échec.
La suite du programme libre est médiocre mais suffisante. Quelques erreurs, une chute maitrisée. Pas d’importance, le Poitevin enchaine les petits pas avec facilité, dans une cadence et une précision unique au monde. Il se sait au coude à coude avec l’Américain. Cette pression provoque sans doute l’erreur fatale au destin du Français. A une trentaine de secondes de la fin de sa démonstration, Brian Joubert réceptionne mal un double axel.
A plat ventre, il se relève mais l’a compris. La tête entre les mains au moment de sortir de la patinoire, le champion du monde 2007 déçoit une fois de plus.
Peu à peu, Joubert recule dans la hiérarchie mondiale. Premier aux mondiaux de 2007, deuxième en 2008, le voilà désormais troisième. Déjà privé de son titre au Masters d’Orléans par son compatriote Alban Préaubert –où il avait avancé un problème de matériel- Joubert inquiète à seulement un an des Jeux Olympiques.
L’or olympique reste le seul succès non atteint par le Français. Si ses capacités n’inquiètent pas, ses choix interpellent. Critiqué dans le passé par ses excès de confiance, le seul patineur actuel à rentrer facilement des quadruples axels paie cette semaine une tactique trop frileuse. Le programme libre prévu était bien plus offensif. Surprenant. Le Poitevin au caractère fier, presque prétentieux, doute et remet en cause son entourage.
Couvé par sa mère, toujours au bord des patinoires, Brian Joubert a appris ce lundi le démission de Jean-Christophe Simond. Son entraineur depuis 2006 ne mâche pas son aigreur dans les colonnes de L’Equipe : « Il y un manque de considération et de respect de la part de la Fédération et des Joubert pour mon travail et les sacrifices que je consens. Je ne suis pas un pion, le petit consultant de merde qui passe sa vie à Poitiers, dans des conditions très difficiles ».
L’ancien champion français a simplifié l’entame du libre de son protégé et a modifié quelques aspects techniques du programme peu avant l’échec du Poitevin. Pour lui, «J’ai proposé deux solutions et Brian a choisi ». Début d’un dialogue de sourds, Joubert écarte la polémique : « S’il n’avait pas pris la décision d’arrêter, c’est moi qui l’aurait prise ».
Joubert a du caractère, et surtout du talent. Plushenko a raccroché les patins, l’ancien protégé d’Alexei Yagudin n’a plus d’égal sur le plan technique. Aux Jeux Olympiques de Vancouver, Brian Joubert sera l’un des fers de lance de la délégation française. A même pas 25 ans, le Poitevin a déjà cumulé succès et désillusions. Le talent au service du tableau des médailles. Joubert peut briller et scintiller avec un éclat sans égal.




