3.3.09

Déontologie : liaisons dangereuses

La déontologie reste pour beaucoup un terme dépassé dans le monde médiatique. Le journaliste sportif y est aussi sensible. A lui de savoir la maîtriser et de flirter habilement entre éthique et crédibilité.

Conseil d’administration de l’AS Monaco. Du champagne, des petits fours. Alléchant, le journaliste sportif regarde. Il est tenté. A lui de voir. Accepter la coupe et passer l’éponge sur la tactique de recrutement exotique de la bande à Jérôme De Bontin ou s’en aller, écrire quelques lignes d’un papier fustigeant mais journalistique.

Voilà la teneur type d’un choix d’éthique. Le reporter de sport trace sa carrière autour de cette ligne invisible. A l’instar d’un Patrice Martin défiant les lois de l’équilibre pour ne pas tomber, le journaliste défie d’autres lois, celles du bon sens et de l’astuce.

Doit-il refuser un repas gastronomique, délicieux et hypocrite… pour passer à côté d’un scoop ? Non. L’éthique n’a pas de couleur propre. Parfois pâle, elle est imperceptible. Quelquefois noire, la déontologie doit prendre le pas. Aussi elle amène dans le rouge, dans un engrenage sans fin où la plume devient promotionnelle et le journalisme publicitaire.

Là intervient l’astuce, l’écriture propre au journal, au magazine ne se satisfait pas du principe stendhalien propre au roman « un miroir promené le long du chemin de la vie ». Décrire oui, informer, analyser, observer, d’abord. Le journaliste sportif doit trouver sa place dans le fameux triangle d’or « sport-médias-argent ».

Cet envoyé spécial au conseil d’administration de l’AS Monaco a une règle éditoriale à respecter. Que son média soit financé par un grand groupe sponsor du club de la Principauté, ou par un autre, la ligne entre éthique et journaliste s’effrite plus ou moins. Quid du comportement de L’Equipe envers l’Américain Lance Armstrong ? Le quotidien numéro un de l’information sportive dégaine avant tout le monde, en plein cœur de l’été 2005 et prouve la culpabilité du cycliste dans des affaires de dopage.

Fin 2008, Lance Armstrong annonce son retour sur le Tour de France 2009. Aucune allusion au dopage dans les colonnes de L’Equipe. L’Américain s’apprête à participer à une course couverte par L’Equipe, créée par L’Equipe. Parler dopage ou pas, question d’éthique. Question de jugement déontologique.

Déontologie rime avec intégrité. Elle est sujette à plusieurs interprétations : plus ou moins conforme à l’éthique. Elle existe, elle est signée et codifiée. Elle n’est pas toujours respectée. Elle fait la différence entre un exécutant médiatique… et un journaliste de sport.

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