11.3.09

Histoire de Mousquetaires

D’habitude, Guy Forget amenait au moins ses joueurs en quart de finale. Cette année, le premier tour fait figure d’obstacle insurmontable. Les Tchèques ont eu raison d’une équipe de France en manque de repère à défaut d’ambition. La série noire entamée depuis 2002 contraste avec les succès historiques de l’équipe de France de Coupe Davis.

Alexandre Dumas narrait les épopées de gagnants. Des hommes parés de capes et d’épées. En France il est commun de leur associer des raquettes et de les placer au cœur de duels armés de petites balles jaunes. Cette fois, la comparaison était prématurée. C’était mieux avant.
Le surnom de « bande de Mousquetaire » se mérite, une sorte d’appellation contrôlée accordée au bénéfice de titres et de succès resplendissants. A mille lieux des bras tremblants de Gilles Simon et Richard Gasquet, l’équipe de France des années 20 a gagné ses galons, gravés à la pointe de la raquette.

Ce sont eux les vrais mousquetaires, les pionniers. Au cœur d’un tennis mondial balayé par la domination de l’Australie, du Royaume-Uni et surtout des Etats-Unis de Bill Tilden, la France peine. Plusieurs finales dans les années 20. Toujours des claques. Mais des épopées marquantes. Assez terribles et grandes pour forger une équipe et marquer un destin.

En 1927 la France devient la quatrième nation a remporté la Coupe Davis. Les photos sont floues, en noir et blanc. Moustache, bérets, tenues amples. Un style d’époque pour une domination sans partage. La France ne rend son saladier qu’en 1933 face à l’Angleterre.
Ces héros d’antan se nomment Jean Borotra, Jacques Brugnon, Henri Cochet et René Lacoste. Les images trop vieilles pour être d’archive, les noms résonnent encore dans les mémoires des fan de tennis. Quatre au lieu des trois de Dumas, peu importe, les titres et la notoriété sur la durée ont fait de ces sportifs du début du siècle des légendes, des mousquetaires.

Gilles Simon y a peut être trop pensé à l’heure d’aborder sa première sélection. Comme d’habitude le 8ème mondial peine à rentrer dans son match contre Berdych. Comme jamais il persiste. Avec des balles sans consistance. Une aubaine pour le Tchèque, devant son public, il dépose Gilles Simon et offre à son pays le premier point.
Le Français lâche son second match face à Radek Stepanek de la même manière, avec la peur au ventre. De 1934 aux années 80, l’équipe de France Coupe Davis piétine. Aucun titre et aucune performance notable. La retraite des quatre fers de lance des années 30 fait mal. Pourtant, Henri Cochet jouera jusqu’à 46 ans en simple.

Le statut vient de Noah, Leconte et Tulasne. Après près d’un demi-siècle de disette, ils atteignent la finale de la compétition en 1982, battus par les Etats-Unis de John McEnroe. Comme toujours alors, on croit à l’éclosion de nouveaux mousquetaires. Pourtant, ces trois là non plus n’ont pas l’étoffe de ceux d’Alexandre Dumas. Du moins, pas encore.
Après une saison en 1986 en seconde division, Yannick Noah prend le capitanat en main et forge une équipe touchée par la grâce en 1991. « C’est le souvenir le plus douloureux de ma carrière de joueur de tennis ».
L’aveux est sincère et fort, il est signé Pete Sampras. Défait en quatre sets d’un ultime match contre Guy Forget dans un palais de sports de Gerland en plein délire, l’Américain n’a toujours pas compris, près de 20 ans après. On ne sait rien non plus. La méthode de Noah a élevé Guy Forget et Henri Leconte au rang de mousquetaires. Quelques semaines avant cette finale, Leconte est empêtré dans les profondeurs du classement mondial.

Jo Wilfried Tsonga est sorti du Top 10, mais il est promis à devenir l’un des patrons de la planète tennis. Et il le prouve. Son match contre Stepanek, il ne le rate pas. Trois sets de parpaings et de services gagnants. La messe est dite, il a fait le boulot contre Stepanek.

Faire le boulot. Arnaud Boetsch aurait pu s’en contenter en Suède, en finale, en 1996. Toujours avec Noah, le jeune Français est largement favori dans un cinquième match décisif contre Nicklas Kulti. Il préfère le panache, et entre aussi dans la légende avec Forget, Pioline et Raoux en frère d’armes.
Tsonga, Gasquet, Simon et Monfils représentent cette génération en or du tennis français. Terreurs du circuit, s’ils suivent la trâve des antiques mousquetaires, ils marchent dans les pas de leurs ainés du début de notre siècle.

Leurs ainés, défaits en finale à Nice contre l’Australie en 1999 mais vainqueurs deux ans plus tard… en Australie. Le match de Nicolas Escudé contre Wayne Arthurs a certainement inspiré Richard Gasquet. La performance inoubliable de Sébastien Grosjean contre les Etats-Unis en demi-finale en 2002 aussi. Sûrement. Le Marseillais porte la France en finale à lui tout seul à la faveur d’un match plein de courage contre Andy Roddick.
Le suite est plus malheureuse, Paul Henry Mathieu de concrétise pas la belle aventure bleue. Le début de la période noire.

Richard Gasquet livre un double d’une rare faiblesse avec Mickaël Llodra. Fébrile au service, il cède sa première mise en jeu et ne rentre jamais dans le match. Les volées ne sont pas tranchantes, seul son revers semble passer. Dommage, il joue à droite. Il suffit d’un Mickaël Llodra peu flamboyant pour sceller le sort de l’équipe de France.
Depuis la finale de 2002, la France manque de coup d’éclat. La popularité et le talent de la nouvelle génération nous ont offert une opportunité de rêver. Ostrava, théâtre d’un nouveau rêve bleu avorté. Que Dumas nous pardonne, les premiers mousquetaires aussi ont peiné, et toutes les belles épopées démarrent avec une introduction poussive. Le décor est maintenant posé, ne restent qu’à revêtir en 2010 un véritable apparat de cape et d’épée.

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