26.3.09

Nice 2018 : Vaines vagues

La Méditerranée a tremblé. Une station balnéaire, une ville de littoral candidate à l’organisation de Jeux Olympiques. Rêve et pari fou, relevé par la municipalité niçoise. Des soutiens de poids, des noms qui parlent, une communication énorme… pour un échec. Christian Estrosi essuie son premier gros revers depuis son élection, un revers annoncé, presque prémédité.

« Si vous saviez le nombre de fois où cela m’est arrivé. Etre loin des meilleurs à quelques tours de l’arrivée pour finalement remonter et gagner la course… ».
Il a manqué quelques tours de piste après le rapport de la commission du CNOSF à la candidature azuréenne pour remporter le privilège de représenter la France pour les Jeux Olympiques de 2018.

Un tour de table au comité national olympique français et le constat tombe. 23 suffrages contre 10. La boutade de Christian Estrosi, maire de Nice, part aux oubliettes. Annecy aura la chance de représenter la France, ou, aura la lourde, voire impossible tâche, de concurrencer Pyonchang et Munich.

Nice n’y croyait plus. Comme par magie, la veille du verdict, un mail interne à la mairie ordonne aux employés municipaux de décoller les autocollants à l’effigie de la candidature niçoise sur les véhicules de la ville. Sage prémonition, doux hasard ou heureux contretemps, le rapport de la commission a coûté très cher.

Jusque là favorite aux côtés de la présentation grenobloise, Nice est tombée de haut avec ce retard. Des journées, des nuits de travail pour redorer cette image trop « bling-bling », pas assez authentique et montagnarde. En vain, Nissa la Bella n’a pas séduit.

Entre la publicité sur les métros parisiens et son armée de soutiens (Philippe Candeloro, Alain Prost, Nicolas Karabatic, Didier Deschamps, Fabien Barel, Valérie Nicolas...), Nice n’a pas su balayer ses faiblesses. Annecy est une ville de montagne de taille moyenne, Nice est une métropole française urbanisée. Les stations restent à la fois éloignées et peu accessibles. Aussi, le dossier niçois paie son manque d’investissement sur les épreuves paralympiques et son ambition financière démesurée. Le projet de base stagnait à près de 370 millions d’euros. Bien plus conséquent que les villes concurrentes.

Les corbeilles de la ville fleurissent de ces belles brochures. Les brochures d’un rêve avorté. Le projet niçois, sur papier laisse rêveur. Des Jeux Olympiques d’hiver dans un contexte de développement durable, au sein d’un espace accessible grâce à un aéroport international. Un savoureux mixte entre tradition avec les stations de ski et de modernité avec des sports comme le patinage en plein centre ville. La Côte d’Azur est présentée comme un territoire de montagne, le patrimoine et la géographie sont mis en relief. On comprend vite, Nice et les sports d’hiver ont une histoire en commun.

L’effort, louable, paraît terne. Grenoble et Annecy font la différence par leur patronyme. Reste alors à jouer la carte communication. Et là, Nice se détache.
La rancœur de la voisine phocéenne nommée capitale de la Méditerranée, avalée, Christian Estrosi parade. Dans des décors neigeux, bronzé, avec un imperméable sportif, le maire joue la carte du skieur. Derrière un pupitre, devant son équipe de soutiens. La banane, il joue la carte du chef d’équipe. Le chef d’orchestre garde un sourire de façade à l’annonce de la défaite, de sa défaite. « C’est une victoire que nous voulons partager avec Annecy, nous respectons ce choix. Cette candidature nous a permis de faire connaître nos montagnes ».

A un million d’euros, la campagne de promotion touristique laisse quelques sceptiques. Robert Injey, le secrétaire départemental du PCF confie dans les colonnes de Metro : « On ne sait pas encore combien, mais on estime que ce sera entre trois et cinq millions d’euros, tout cela à la charge des contribuables ».
Une goutte d’eau dans un flot d’enthousiasme politique de rigueur. De Patrick Allemand à Christian Estrosi, cette candidature a rassemblé l’ensemble des élus locaux et régionaux. Nice joue la carte de l’avenir mais encaisse un deuxième bide d’image après l’avènement de Marseille comme capitale de la Méditerranée. La municipalité fait face aux interrogations. Le battage médiatique sur une campagne précipitée et perdante était-il approprié en temps de crise ? Le projet d’une candidature française suscite aussi la surprise. Les Jeux 2014 auront déjà lieu eu Europe et la candidature Sud-Coréenne de PyeonChang semble déjà gagnante après deux échecs.

Les Niçois nagent dans l’incompréhension d’un projet annulé et hors de propos, Christian Estrosi compte surfer sur cette avalanche médiatique. L’ancien motard professionnel entend toujours faire de Nice une terre d’accueil d’évènements sportifs internationaux. Etre une ville étape du tour de France 2010, recevoir le Championnat du monde de patinage et le Championnat d’Europe de gymnastique en 2012 ainsi que l’Euro de football 2016 dans le futur grand stade. Le maire souhaite aussi remettre le meeting d’athlétisme Nikaïa au goût du jour et faire du marathon de la Côte d’Azur une course aussi grandiose que le marathon de New York.
Des projets, des rêves pour faire de Nice un pôle incontournable du sport mondial. Dernière réflexion en date : « Nous allons réfléchir à notre positionnement pour les jeux Olympiques d’été de 2024, nous ferions un bon candidat ».

Au delà des espérances, la municipalité doit se justifier. Nice a rêvé, Nice a échoué et Nice déchante. Entre langue de bois et nouvelles aspirations, l’équipe de Nice 2018 a déjà tourné la page.

1 commentaires:

Clem a dit…

« Les Jeux 2014 auront déjà lieu eu Europe et la candidature Sud-Coréenne de PyeonChang semble déjà gagnante après deux échecs. » >> Ça me rappelle la candidature de Paris aux jeux d'été de 2008, alors que les jeux de 2004 avaient lieu en Grèce... Une bourde à laquelle personne ne croyait, l'engouement ayant d'ailleurs été bien moindre que pour 2012.

Après sans être un expert et sans tenir compte des dossiers, je voyais mieux Annecy ou Grenoble que Nice... bon d'accord c'est un avis de Parisien, mais ici on a beaucoup plus de mal à voir Nice comme autre chose qu'une station balnéaire et ça cadre pas vraiment avec les jeux d'hiver !