18.4.09

Noah, Métis(se) de Nice

Chanteur ultra populaire et personnalité préférée des Français, Yannick Noah demeure encore le seul joueur de tennis tricolore à avoir intégré le Top 3 mondial et à avoir gagné un tournoi du Grand Chelem. Avant la chanson et les succès, Noah est passé par Nice. Une parenthèse en forme de déclic rythmique.

Au début des années 2000, Yannick Noah, pieds nus sur scène, entonne les notes d’une ballade intitulée « Donne moi une vie ». Sa vie, amorcée dans les environs de Yaoundé connaît son plus beau sursaut sportif sur la Baie des Anges. Yannick a 12 ans. Nice lui donne une chance, en 1972.
« Je suis tombé » poursuit-il sur scène. Il insiste. Il est tombé sur Arthur Ashe à 11 ans lors d’une exhibition au Cameroun. Le champion, séduit par le punch du gamin « ose » et convainc Philippe Chatrier, président de la Fédération d’offrir une place à Yannick Noah dans la section tennis études du lycée du Parc Impérial de Nice.

Assez vite, l’enfant n’est pas à l’aise en métropole française et décide de retourner au Cameroun. Quelques semaines et le déclic. Noah entend « La voix des sages », celle de son père ancien joueur de football professionnel, et retourne dans la capitale azuréenne.

Début d’une nouvelle et longue aventure niçoise. Terre battue mais terre de gagnants, l’école niçoise donne à Yannick Noah toutes les armes techniques. Ses progrès tennistiques éclatent au niveau national, le grand gaillard de Yaoundé est logiquement appelé dans les équipes de France minimes, cadets puis juniors.

Toujours perché sur l’estrade, micro à la main, Yannick Noah chante « Mon Eldorado ». A 15 ans, déterminé à suivre son propre rêve, Noah décide de stopper les études. Panique à la direction technique nationale. Et s’il ne perce pas dans le tennis…

Doutes vite effacés. Son style athlétique et aérien, son revers à une main et ses grands lifts de spécialiste de cette terre ocre chère au Nice Lawn Tennis dépassent les frontières. Toujours sous la coupe de l’école azuréenne, Noah atteint la finale du prestigieux tournoi Orange Bowl en 1977. Il s’incline face à Ivan Lendl. La même année, il remporte son premier titre junior, à Wimbledon.

Le lycée du Parc Impérial et le Nice Lawn Tennis s’éloignent. Bien avant de fredonner « Les lionnes », Noah l’aiglon s’envole vers les cimes du haut niveau mondial. Des racines au cœur du Cameroun mais des spécificités techniques atypiques à ses années niçoises. La carrière du futur capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis passera par Nice. Son premier match professionnel, à l’Open de Nice. Sa plus belle victoire, sur la surface chérie du Nice LTC, en 1983 à Roland Garros. Noah quitte Nice à 18 ans en 1978. Destination le plus beau palmarès du tennis français. « Destination ailleurs ».

16.4.09

Côté courts et coulisses

Masters 1000 de MC, -be-sport- y était et vous raconte

Monte-Carlo et son Masters 1000. Des têtes d’affiche, du public, du soleil. A travers les allées, les courts et la foule, le monde du tennis se donne rendez-vous au bord de la Méditerranée. L’occasion d’un défilé aux frontières de la planète tennis. Des conférences de presse de Federer ou Nadal aux courts d’entraînements anonymes, de la révélation du tournoi aux supporters italiens, le Monte Carlo Country Club vit au rythme des échanges des meilleurs joueurs du monde. Morceaux choisis.


L’ovation résonne encore. Le court des Princes persiste à trembler. La magie du tennis délaisse l’arène centrale l’espace d’un pâle Gilles Simon-Andreas Beck et s’installe aux abords du terrain annexe. Mardi, début d’après-midi.

Les tribunes, pleines d’Italiens hilares saluent le héros du jour : Fabio Fognini. Débarqué des profondeurs du classement ATP, des tréfonds des qualifications, le transalpin s’attarde sur la terre ocre de la Principauté. Vainqueur en trois sets du 25ème mondial Thomas Berdych, l’actuel 108ème joueur du monde savoure. La crème sur les lèvres coule comme la preuve d’un vrai challenger, non habitué à truster les premières pages en couleurs des journaux sportifs.

Sur le court d’entraînement quelques mètres au dessus, Juan Martin Del Potro entend ces clameurs italiennes. L’Argentin apparaît peu sensible au triomphe du petit Fognini. Préoccupé par la lourdeur de ses déplacements, Del Potro enchaîne les sessions physiques avec son coach. Dans l’anonymat.

Plus de lumière, moins de secret, Roger Federer s’infiltre dans la salle d’interview. L’air change de saveur, le meilleur joueur de tous les temps s’assoit, la tête basse. Casquette bleue sur les yeux. Federer fuit les photographes. Sous un tonnerre de flashs calmés par un préposé de l’ATP, les journalistes balancent les questions. Au programme : mariage, vacances et prénom du futur gamin. Peu de sport devant un parterre de journalistes de sport. Pour la forme, Roger Federer déconne. Pour le zèle, le type de l’ATP fixe sa montre. Il n’a pas le temps, donc Federer n’a pas le temps. Le numéro deux mondial, détendu répond en anglais, en français, en suisse allemand. Il répète, sourit. La classe.

Même décor, même soleil, les Français tombent les uns après les autres. Fait dramatique des deux premiers tours. Le mercredi, Federer ne parle pas mariage mais expédie Andréas Seppi. Il n’a pas d’alliance, on en parle dans les tribunes. Sur un court encore plus isolé, Fabio Fognini ne s’arrête plus.

Le grand Croate Marin Cilic, 18ème mondial fait figure de nouvelle victime. Moins d’engouement que la veille, le public a pris place sur le court central. Verdasco, Federer puis Nadal passent devant des spectateurs éblouis. Nadal-mania ou Federer-mania, chacun choisit son camp. Les deux cadors s’offrent un duel à distance avec Djokovic, Murray, Ferrer ou Davydenko en guise d’arbitres.

La salle d’interview, toujours la même, se remplit et se désemplit. Quatre journalistes pour entendre la blague de Gicquel « A la fin du match, je lui ai demandé combien je lui devais pour la leçon de tennis… ». Tout le monde se marre, même Gicquel. Le dernier français s’est pris 6/1 6/0 par David Ferrer. Plus de Français dans le tournoi. Tout le monde se marre.

Au micro la phrase laisse place à la panique « Nadal en salle d’interview ». Plus de sièges de libre et des questions en anglais. Rafael Nadal ne distille pas les mots dans la langue de Shakespeare avec la même cadence que ses coups droits liftés. Qu’importe, Nadal fait recette, une interview de Nadal remplie les colonnes, une photo de Nadal éveille le lecteur.

La presse s’arrache Nadal, les spectateurs boudent une opposition impropre entre Ljubicic et Del Potro pour rejoindre le court des Princes. Marat Safin attire toujours. Son charisme, sa fougue et ses coups de gueule charment les fans de tennis. L’ex numéro un mondial lutte mais bascule hors du tableau. L’Équatorien Nicolas Lapenti rejoint le troisième tour. Mercredi, début de soirée.

Deux jours de tennis, deux jours de tournoi. Le Masters 1000 de Monte-Carlo ne se commente pas mais se vit. Ses coulisses fascinent, ses stars défilent. De Federer à Fognini la passion ne faiblit pas, les couloirs du Country Club regorgent de moments privilégiés, tous auréolés de la douce passion du tennis.

11.4.09

Sport et médias : Mission émotion

Médias et sport, sports et médias. La tendance perverse d’associer l’argent et de créer un triangle malsain reste tentante. L’argent représente une finalité semblable aux deux notions. Des notions qui diffèrent par leur fonction, qui se recoupent par leur éthique. Qui recherchent toutes les deux l’émotion.

Sport : Activité qui résulte d’un dépassement de soi. Média : support servant à informer. Les deux termes se détachent. Ils restent néanmoins indissociables. Le sport de haut niveau n’existe pas sans la couverture médiatique et soumet des questions d’éthique.
Le sport occupe une place considérable dans notre imaginaire, il suscite le mythe et l’émotion. En ce sens et sans évoquer des fléaux comme le dopage ou la corruption, le sport sert de support à l’éthique.

Les médias ont comme fonction, surtout dans le domaine sportif, d’attiser l’émotion. Les lecteurs cherchent le titre incitatif dans un journal, le téléspectateur est sensible à l’image qui choque. Le tacle du joueur du Stade Rennais Kader Mangane éveille les sens, il est servi pas un média et il est dérivé du sport.

Le sport et le média apparaissent comme complémentaires. Ils amènent le plaisir, l’intérêt, la passion du public et non un désintérêt. Dans les années 1980 et 1990, Canal Plus multiplie les diffusions de matchs et les grandes instances du football tremblent. Et si le supporters reste chez lui et que les tribunes se vident… Inquiétude rapidement écartée. Le média joue en faveur du sport. Jeux Olympiques de Pékin en août 2008. L’épopée des Experts en handball passionne, les clubs de hand voient leurs effectifs augmenter dès la rentrée de septembre.

L’exposition médiatique sert le sport, la réciproque est plus complexe. Le sport dans son plus bel apparat attire le média, l’audience, le lectorat. Par contre, le sport dans ses dérives nuit au média. Les scandales sur le dopage éloignent public et spectacle, les mauvais résultats d’une équipe nationale également.

Dans leur présentation, leur manière d’afficher le spectacle, sport et média n’ont pas le même rôle. Voir un match de football dans un stade et le regarder à la télévision possèdent un point commun –le match- et une différence importante : le type de regard porté sur lui. Le match en tribune admet un regard général et subjectif du spectateur. A la télévision, le téléspectateur est tenu de subir la loi et les choix du réalisateur. Le média joue un rôle de narration avec la réalisation, le match en lui même n’est pas raconté, il se vit indépendamment par chaque spectateur.

Les deux acteurs, sport et média jouent ainsi l’émotion mais de deux manières distinctes. Là où les deux mondes poursuivent le même but : à la création de compétitions sportives par des médias. Le Tour de France de L’Equipe.

Le sport et les médias poursuivent le graal de l’émotion. La croisade diffère et engendre des travers éthiques et déontologiques. La recherche du sensationnel, la quête du profit ternissent les valeurs du sport et le code déontologique du journalisme. A quoi bon, le sport fait recette mais fait surtout rêver. L’émotion est le fruit d’un travail en commun. Le sport crée la magie, le journaliste la transforme, la trouble, la magnifie, et la présente sous son plus beau plateau. En apparence.

7.4.09

Mormeck : La vengeance dans la peau

Rocky Balboa et son retour inespéré inspire les boxeurs tricolores. Après Mahyar Monshipour, Jean-Marc Mormeck décide d’écrire un nouveau chapitre à sa carrière. Des mots et des lettres policés de revanche, le Guadeloupéen envisage de défier son tombeur David Haye. Dans la catégorie reine : les lourds.

Quatre combats en deux ans, la ceinture des lourds, une revanche sur David Haye. Jean-Marc Mormeck reprend le chemin des rings et annonce un chemin de croix. Dans les colonnes de L’Equipe ce mardi, l’ex champion du monde lourds légers WBA et WBC livre son programme de reprise. Le défi n’a d’égal que la fierté du champion.

Difficile de ne pas s’en souvenir. Jean-Marc Mormeck domine tout le combat et s’incline. Un uppercut terrible droit en contre en plein milieu du septième round. L’arbitre, contraint d’arrêter le combat, offre la double ceinture WBA-WBC des lourds légers à David Haye. Le titan guadeloupéen bégaie quelques mots au micro des télévisions, toutes mobilisés pour ce combat historique au Palais des Sports Marcel Cerdan de Levallois.

Ces mots, teintés de regrets et d’assauts répétés et mal récompensés, Jean-Marc Mormeck les durcit aujourd’hui. Motivé mais peu affûté, le colosse tient à prouver que la boxe mondiale ne peut se contenter des Valuev voire des deux Klishko. La catégorie reine, les lourds, aspire à être chamboulée en WBA.

Le Russe Nicolay Valuev attend un challenger, David Haye se dessine comme le prochain prétendant. Jean-Marc Mormeck s’octroie deux ans et quatre combats avant de croiser les gants avec le Britannique. La dernière confrontation, et l’ultime rendez-vous de Mormeck avec un ring de boxe, remonte à novembre 2007. 17 mois plus tard, on reconnaît mal « The Marsman », le tireur d’élite.

Des kilos superflus, Jean-Marc Mormeck apparaît lourd mais surtout ballonné par l’inactivité. On accorde pourtant du crédit à ses déclarations. Reprendre une ceinture, le Guadeloupéen l’a déjà fait. O’Neil Bell s’en souvient.
En 2002 face à Virgin Hill et en 2005 devant Wayne Braithwaite, Mormeck s’accapare les ceintures WBA puis WBC des lourds légers.

Fort de cette double ceinture, le Français est nommé boxeur de l’année par le magazine américain Ring. Historique pour un Tricolore. Mormeck semble intouchable et essuie sa première grosse désillusion.

Janvier 2006, dans le mythique Madison Square Garden de New York, le Français encaisse le premier KO de sa carrière contre le Jamaïcain O’Neil Bell. Battu, Mormeck refuse d’être abattu. Le natif de Pointe-À-Pitre ronge son frein treize mois avant de prendre sa revanche et ses deux ceintures. Aux points, Mormeck vient à bout du Jamaïcain en mars 2007 à Levallois. La décision, vivement contestée nourrit, presque un combat en marge du ring. Le fait est là : Mormeck a retrouvé son honneur.

Ces ceintures en lourds légers diffusent une odeur obsolète pour Mormeck aujourd’hui. Il a refusé la proposition de son ancien promoteur Don King de combattre le champion du monde WBA lourds légers Guillermo Jones.

Le boxeur est avide de vengeance et de reconnaissance. Il veut se battre contre un homme, non pour les titres. En novembre 2007, Jean-Marc Mormeck domine David Haye durant six rounds avant l’uppercut fatal. « Je veux faire les choses dans l’ordre. Je veux faire des combats pour arriver à lui ». Gavé de certitudes, Jean-Marc Mormeck passe chez les lourds. Saturé de revanche, Jean-Marc Mormeck se donne quatre combats. L’orgueil et l’ambition le ramènent sur le ring. Et ça, c’est du lourd.